décalageS – Témoignage

Dans le numéro 64 (février 2019) de la revue (gratuite) JUNKPAGE (La culture en Nouvelle-Aquitaine) figure un témoignage de Robert (propos recueillis par Anna Maisonneuve).

Voici quelques extraits de l’article.

Pour revenir au projet, comment s’est-il déroulé ?

Les séances de travail étaient pilotées par Samuel Quenault, chargé des collections du château d’Oiron, et Julie Perez, la médiatrice du Frac. Lors de la première, fin 2017, on nous a demandé de réfléchir à une forme, puis à un thème. Très vite, on a opté pour une exposition tout en souhaitant qu’il y ait d’autres événements, comme des ateliers avec les scolaires, une performance, une conférence.

Et pour le thème ?

Assez vite, on est parti sur les rapports entre réalité et vérité, quelque chose de récurrent au château avec sa collection permanente « Curios & Mirabilia ». Beaucoup d’oeuvres laissent le visiteur dans l’interrogation. Qu’est-ce qu’il a vu ? Comment l’interpréter ? De là est née notre volonté d’explorer les zones d’incertitudes, les limites entre la réalité et la fiction. Initialement, c’était assez vague, puis ça s’est affiné. Parmi nous, quelqu’un a pensé au mot « décalage ». Et c’était ça ! On a pris contact avec le conférencier Thierry Savatier par le biais de l’université citoyenne de Thouars.
De fil en aiguille, la thématique s’est peaufinée autour de trois mots clefs : expérience, interprétation et réalité. On a essayé de faire en sorte que le visiteur passe par ces étapes dans la découverte des oeuvres.

Vous nous illustrez ça avec l’une des oeuvres sélectionnées ?

On peut citer le travail de Giulia Andreani, une jeune artiste d’origine italienne basée à Paris. A partir d’une image de femmes issues d’archives germaniques, elle a réalisé des portraits quasi monochromatiques en acrylique aquarellée. Ces femmes apparaissent dans des tenues et des
coiffures relativement banales mais qu’on est capable de dater aux années 1940. Il émane quelque chose de douloureux et de tragique de leurs visages …

Est-ce votre préférée ?

C’est celle que je comprends le mieux. Mais nous avons notre petite mascotte signée Anna Baumgart. Une petite sculpture d’environ un mètre de haut qui réinterprète en trois dimensions une célèbre photo prises lors des attentats du métro de Londres en 2005….

Que retenez-vous de cette expérience ?

Un souvenir des plus enrichissants. J’ai le sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir. Plus jamais, je ne verrai une exposition du même oeil. J’étais loin d’imaginer qu’en amont il y avait un tel travail à accomplir. Je suis fier du résultat, que de telles initiatives puissent avoir lieu. Je me demande : est-ce que cela aurait pu se passer ailleurs qu’à Oiron ? C’est en lien avec le projet décalé du château et la volonté de Carine Guimbard de développer des choses avec le village et la population. C’était un sacré pari ! Nous étions juste un échantillon de citoyens sans aucune compétence pour mener ce travail-là. Plus largement, j’y vois un rapport avec la place de l’art dans la société et une réflexion sur la notion de droit culturel.